Les pays d’Afrique centrale veulent interdire les exportations de bois brut en 2022

Les ministres en charge de la forêt au sein de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, ont donné leur accord à une interdiction des exportations de bois brut au 1er janvier 2022. Un pari sur l’emploi, aux dépens des recettes fiscales.

Tous les pays du bassin de Congo pourraient voir les grumes, le bois non transformé, interdites à l’exportation dans moins de deux ans. Une décision validée par les ministres en charge des forêts, de l’environnement et de l’industrie des six pays membres de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. La République démocratique du Congo ne fait pas partie de la CEMAC, mais elle a déjà voté cette interdiction d’exporter les grumes en 2017. Au sein de la CEMAC, le Gabon l’avait précédée en 2010, la Guinée Equatoriale l’a imitée en 2019. Mais le Tchad, la Centrafrique, le Congo et le Cameroun n’ont pas encore franchi ce cap.

Ces pays veulent accroître la part du secteur forestier dans leur produit intérieur brut, grâce à la création de zones économiques spéciales dotées d’avantages fiscaux, où serait transformé le bois. Des mesures qui devraient permettre de créer des emplois et donc des salaires et des cotisations, comme cela fut le cas au Gabon.

Mais cela pourrait ne pas compenser la perte des taxes sur les exportations de grumes. Or c’était la principale source de fiscalité forestière, loin devant les taxes sur la superficie (négligeables), et les taxes d’abattage, très difficiles à contrôler. Une ressource dont ces Etats en majorité pétroliers ont tant besoin.

Par ailleurs la valeur ajoutée risque d’être décevante. Le Gabon en a fait l’expérience, il n’exporte presque plus de contreplaqué, un produit de 2ème transformation pour lequel il fallait importer de la colle, et qui n’était plus compétitif face aux produits chinois. L’industrie africaine du bois progresse mais le rendement à partir de la même matière est très inférieur à celui des usines européennes où l’on récupère tout, jusqu’à la sciure. Le risque est aussi de voir trop d’usines se créer, des surcapacités qui encouragent en général l’exploitation illégale du bois.

Pour certaines essences, on aurait intérêt à continuer d’exporter légalement des grumes, et de les vendre à des transformateurs à l’étranger qui sont prêts à y mettre le prix, comme en Italie ou au Japon. Quitte à imposer, suggère Alain Karsenty, des quotas et de vendre les droits d’exportation aux enchères, au profit des Etats. D’autant que les exportations illégales de grumes se poursuivent depuis la RDC et la Guinée Equatoriale, malgré l’interdiction déjà prononcée.

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